Poèmes choisis — 1992–2026
Enrico Lévesque
Entrer dans le gouffre, et en ressortir de l’autre côté.
ça pue tellement
je n’ai pas envie d’y entrer
mais j’en ai tant besoin
j’appréhende à la surface
la substance qui émerge
sans le courage d’y plonger
dans cette fosse lugubre
remplie de moisissures
il ne faut pas s’y aventurer
au risque d’y glisser
et de ne plus jamais revenir
je tourne autour du mystère
j’y lance un regard de temps à autre
pour y percevoir des créatures étranges
au fond du fossé qui grouillent dans la pénombre
mais je n’ose jamais m’attarder
assez longtemps pour réaliser
de quoi elles s’alimentent —
chaque jour laissé-là à pourrir
dans le gouffre de l’oubli
2026
y glisser
y revenir
y aller
y voir
y plonger
m’y installer
mais c’est où ce « y » ?
2026
je marche sur un fil
au-dessus du vide
en équilibre
sur ma ligne de vie
j’hésite
un pas en avant
un pas en arrière
je titube
si je glisse
je vais me fracasser
et la foule observant le spectacle
s’émeut du danger
2025
peser sur l’autre
et souffrir en silence
sentir le poids du marteau
cogner sur l’enclume
à répétition
voir l’autre s’enliser
sans issue
submergée d’inquiétude
et sombrer avec elle
sans pouvoir rien y faire
2024
les pierres
fermes à travers les âges
impassibles
absorbant le cri des plaintes
elles se taisent
depuis des millénaires
et leur silence nous crie aux oreilles
les pierres
essuyant le sang des massacres
témoins du chaos
elles crient en silence :
« Arrêtez ! Arrêtez ! »
nous suppliant constamment
depuis si longtemps
la Terre craquera
elle éclatera !
les rochers se fendent déjà
2020
parti à la lisière du mensonge
parcourir les horizons
je suis revenu
tout enroché de montagnes
« Tu as tant souffert ! »
t’es-tu exclamée
ton angoisse m’étonnait
sans pouvoir rien y faire
sans savoir
sans même comprendre
toi, surprise
comme emprisonnée
dans un pays étranger
dont j’étais souverain
puis je suis reparti
2025
à cet endroit
où je passe mon temps
là-bas
au bout de la corde raide
suspendu
dans les dessous du monde
dans un trou
entre mes deux pieds
je me tiens debout
noir tout à fait
sombre en dedans
comme un puits
P.S.
plus le puits est sombre et calme
plus son eau est fraîche et claire
2013
la mort à petit feu fait son nid
quand elle se réveille
la nuit
hors de contrôle
à plein gosier
la douleur crie
et puis
sans faire de bruit
elle se rendort
et je dors à ses côtés
tranquille
2019
mon passé
je ne le retrouve plus
je l’ai perdu
trop longtemps dans mes poches
il a disparu
2021
cette tristesse
draine ma maison jusqu’à la mer
chaque soir
quand vient le temps de dormir
je me couche dans un lit de larmes
seul au milieu du secret
cette peine ne se nomme pas
2025
la tragédie rejoue
en boucle dans ma tête
les personnages tombent
un à un
jusqu’à ce qu’il n’en reste
plus qu’un
moi seul
dans l’amphithéâtre
spectateur sidéré
figé sur le granite
2025
Au pied d’un arbre, dans un jardin
Un homme, et mille ans de vie
Des larmes coulent à flots sur son visage
Ses yeux, bien enfoncés dans une terre invisible
Il voit plus clair, de tout son cœur
Une puissance s’est déposée sur ses épaules
Il porte des peines qu’il ne connaissait pas
Des souffrances qu’il ne pensait pas lui appartenir
Rendu au bout tout à fait du voyage
Son âme s’est éclatée
Elle gît au pied d’un arbre
Et mille ans de vie ornent ses pensées
2013
Un jour j’écris
un jour je lis
mais toujours
je m’ennuie
Un jour je crie
un jour je prie
mais toujours
je suis seul
Un jour je cours
un jour je marche
mais toujours
l’agonie me suit
2020
chercher partout
la main tendue
perdu
chercher le cœur
chercher la tête
chercher le réconfort
chercher toujours
sans arrêt
sans appui
perdre le sens des choses
perdre son chemin
tout perdre
et rien
rien à trouver
rien à percevoir
rien à s’accrocher
2024
les passants le frôlent du regard
dans son sac de couchage
en déséquilibre
entre la gêne et le dégoût
depuis longtemps
le froid ne l’atteint plus
les regards glissent sur lui
on ne le voit plus
2025
mes larmes sèchent d’être tristes
faute de n’avoir jamais su
en trouver la source
2025
je suis resté là
à pleurer
dans la douleur
l’incompréhension
et la honte
« ça ira mieux »
je me suis dit
dans ma fuite
« sans moi
à la maison »
mais
tout s’est écroulé
sans moi
à la maison
2025
ce qui nous a frappés
à moitié dans le monde
j’en suis le seul survivant
mes relations
mes convictions
mes émotions
m’écorchent dans tous mes sens
sur mille et un repères
2025
le long du tunnel
les dents serrés
il se referme
dans son livre clos
il ne fait que passer
2025
attendre
sous les couvertures
toute la nuit
sans penser
faire le vide
les amertumes du jour
les inquiétudes du soir
évadées dans un souffle
veiller sur l’oreiller
sans penser à rien
encore une fois
basculer dans le vide
la nuit réparatrice
le matin révélateur
le jour porteur
la vie
tranquille
les enfants
le mariage
le travail
malgré les conflits —
à la maison
au travail
dans le pays
il y en a des conflits !
à la maison
au travail
dans le pays
2025
pendant longtemps malgré la peur
rester là sur la rive de l’autre
à espérer la lumière qui viendra un jour
de soi vers l’autre et de l’autre à soi
dans la tempête au milieu des échanges
la lueur provient des deux rivages
2024
au travers des épines
dans la douleur écorchés
les chardons se retournent
avant de fleurir
2025
slap en pleine face !
à grands coups
de mensonges
et de demi-vérités
bouche bée
encore abasourdi
je cherche à comprendre
je repasse la scène
constamment
dans mon souvenir
l’incohérence
tranquillement
s’estompe
slap !
slap !
slap !
ça ira mieux
demain
2025
immergés
laisser la saumure
s’infiltrer
jusqu’aux os
amers en entier
de sel immaculés
2025
garder la tête hors de l’eau
pour reprendre son souffle
pour ne pas sombrer
dans la turbulence
sous l’horizon
vacillant à la surface
entre le doute et la peur
garder la tête hors de l’eau —
ma seule fixation
2026
je vis dans une cage
je n’ai personne en qui croire
je fais semblant comme au théâtre
j’invente
je m’enfuis dans les rues
au-travers d’un songe
et je me retrouve au bout de mes limites
étranglé de sombres présomptions
dans l’invivable, je fuis sans relâche
ma propre présence infecte
ma vie n’est qu’un long souvenir
compliqué
— mais voilà qu’on frappe à ma porte
on arrive au balcon
à cheval jusqu’à ma porte
on fait vibrer ma maison
à l’entrée, le colporteur se présente
rempli de miel jusque dans les yeux
il offre d’abord sa présence
— méfie-toi !
et je me réjouis d’avoir fermé la porte
avant que son pied n’atteigne l’intérieur
de la maison
à l’entrée : le colporteur
une autre fois encore
avec sa présence toujours
avec du miel
séduit
je l’invite dans la maison
et son pied se pose à l’intérieur
et je sens venir son corps entier
comme une structure qui entre
entre les yeux et le pied
et je me réjouis
2021
ma maladie, c’est la mort
mon handicap
c’est de refuser d’y croire
2021
tout le jour
sous le soleil
je me tiens debout
malgré tout
malgré moi
malgré la douleur
2024
respirer calmement
pour absorber la douleur
en toute confiance
sublimer l’angoisse
et soupirer jusqu’aux étoiles
2025
en mettant le doigt dessus
la docteure m’a libéré
la douleur vive
m’a révélé son nom
mieux la connaître
enfin
me permet d’envisager
guérir à chaque pas
2026
marcher sur quinze années
la hanche disloquée
marcher encore
deux ans de plus
malgré ma condition
la canne à la main
comme une offrande
la souffrance sublimée
dans la prière
jusqu’au dernier jour
la douleur aiguë de retour
dans mon effondrement
longtemps sur le sol
j’ai contemplé la fin
2026
raconte-moi ton problème
ne laisse aucun détail de côté
tu peux me faire confiance
ensemble nous remonterons à la source
et nous découvrirons ses causes racines
ensemble, c’est promis
je ne te laisserai pas tomber
tout seul
2026
assis par terre, dans un coin de la ville
il y avait un jeune homme barbu, très mal en point
la tête enfouie dans la poussière de son manteau
quand j’ai placé ma pièce de monnaie dans sa tasse
il m’a dit : « Merci. »
mais j’avais plus envie que lui de dire merci
assis par terre, j’ai vu là un homme exténué
essayant de mettre en place des idées fourbues
comme moi-même, déjà
assis par terre dans mes ambitions
des racines depuis mon enfance
me donnent le désir de servir :
un héritage laissé par mes parents
et la foule de mes ancêtres
ce legs précieux m’a sauvé du fond de l’amertume
2021
depuis longtemps mort et disparu
je reviens aujourd’hui à la vie
avec ce sentiment d’urgence
et mes anciennes raisons de vivre
depuis si longtemps mort et disparu
2021
mon frère se trouve dans le coma
depuis fort longtemps
qu’est-ce qui le fait tant dormir
ça fait si longtemps qu’il rêve
qu’est-ce qui fait qu’il est toujours
si profondément endormi
quelqu’un va-t-il le réveiller
il est arrivé quelque chose
quelque chose de grave
un traumatisme transcendantal
un blocage total
pas normal
qu’est-ce que je peux faire pour le réveiller
prisonnier de son imagination débordante
il s’est créé un monde parallèle
et le rêve l’a emporté complètement
il a perdu tout contact avec la réalité
ses sentiments, déconnectés
ses émotions, piégées là-bas
impossible de les rejoindre
mais comment faire pour le réveiller
il faut trouver le moyen d’entrer profondément
à travers un canal de l’autre monde
et parler, pour dire, avec autorité :
allez ! debout ! lève-toi, rêveur, participe !
le monde ici aussi en vaut la peine
2023
c’est quoi ton intention ?
parce que je ne comprends pas
as-tu vraiment envie de dire
ce que tu dis ?
as-tu vraiment l’intention de faire
tout ce que tu fais ?
que cherches-tu ?
où l’as-tu placé
mon cœur ?
comment l’as-tu perdu ?
si loin
va-t-il me revenir un jour ?
j’ose encore croire que oui
2024
debout sur une chaise berçante dans le monde
je crie ma joie de grandir à l’envers
dans la désillusion totale
parmi les dogmes qui s’effondrent
et les certitudes qui s’effritent
mes doutes me soulèvent
dans l’impossible réalité du temps
hésitant
ballottant
chambranlant
mais toujours debout
2025
l’instabilité
grâce à elle
je reste là
à chercher appui
dans le ciel
à chercher
la source
pour apaiser
la fontaine
pour continuer
d’aimer
sans jamais cesser
de tituber vers elle
2025
Nous attendrons patiemment, à l’extérieur du mur érigé pour nous tenir à l’écart — femmes exilées, en marge d’une société dirigée par des hommes assoiffés de sang.
Nous avons subi des sévices multiples, écouté les plaintes, essuyé les abus. Nous avons rêvé d’un autre monde, couchées dans nos chambres, ou debout dehors, avec nos enfants près de nous, jouant avec eux pour alléger la souffrance, espérant qu’un jour meilleur viendrait, avant qu’il ne soit trop tard, avant la fin du monde.
Nous avons veillé sur nos parents, pansé les blessures, consolé les malheureux. Nous avons pleuré nos peines et dormi avec le mal à nos côtés, dans l’angoisse des prochaines attaques, à surveiller… à aimer malgré tout… jusqu’à nous attendrir.
Nous avons gravé notre histoire sur les tablettes de nos cœurs et aimé l’homme jusqu’à le laisser entrer dans nos ventres, jusqu’à le faire jaillir de nos reins. Nous avons offert nos corps pour enfanter l’humanité, et nous espérons pour elle toutes les belles attentions dont nos mères nous ont témoignées.
Notre histoire est celle de notre résistance, de notre espérance, de nos rêves et de nos mains tendues. Nous avons nourri, embrassé, chéri nos enfants. Nous les avons regardés jouer dans les prairies, escalader les montagnes, et redescendre vers les villes. Nous les avons observés, corrigés, et nous espérons pour eux le meilleur de nos vies, le meilleur de nos pensées, le meilleur de nos rêves.
L’humanité que nous avons enfantée nous a été enlevée. Le mensonge, la cupidité et l’avarice nous l’a volée. Mais nous gardons espoir qu’elle nous reviendra un jour, même dans la souffrance, le malheur ou la mort.
Nous vous avons donné en cadeaux notre dévouement, notre générosité, notre tendresse — à vous, nos enfants — et nous vous avons observés grandir. Nous vous avons portés en notre sein… et nous continuerions jusqu’à nous laisser mourir de fatigue et d’épuisement, s’il le fallait.
Nous sommes femmes parmi les femmes, mères parmi les mères, témoins de vos vies et de vos morts — vous, nos enfants, malheureux dans ce monde étrange, devenus tels que nous ne l’avons jamais voulu.
Ne nous accusez pas de vos malheurs, car si l’histoire avait été écrite de nos mains, au lieu de notre sang, il en aurait été tout autrement.
Sachez, ô hommes, que vous nous reviendrez assurément, puisque nous retournerons tous et toutes, un jour ou l’autre, d’où nous sommes venus.
2025
le jardinier a pris la rose
et l’a gardée longtemps près de lui
très longtemps
avant de la laisser dehors
dans son jardin
il l’a arrosée
il l’a nourrie
et il l’a réchauffée la nuit
quand elle pleurait à cause du froid
quand ses épines se tournaient vers elle
tellement le froid lui faisait mal
tellement la nuit lui faisait peur
longtemps, vraiment
très très longtemps
il lui a semblé, à la rose
le temps qu’elle est restée là
sans son jardinier
sans la chaleur du jour
sans la douceur de l’été
puis un jour, elle a fleuri
et des petits amours sont sortis d’elle
entre les ronces et les épines
des milliers de petites fleurs
des petits soleils parfumés
qu’on voudrait croquer
et le jardinier, fier de son œuvre
avec toute son admiration, lui a dit :
« Vois comme tu es belle :
des milliers d’étoiles sont sorties de toi »
2020
cinq femmes en exil
meurtries par les traditions des hommes —
elles parlent de leur solitude
dix femmes solidaires
si profondes dans leur féminité
que le silence des pierres retentit
jusqu’au bout du monde
jusqu’à nous
l’élixir insufflé
le temps d’une parole en danger
Lors d’une lecture publique, dix femmes ont récité des poèmes de cinq autrices en exil, autrefois emprisonnées dans leur pays d’origine pour avoir dénoncé les injustices faites aux femmes. Ces voix absentes, mais puissantes, nous ont traversé toute la soirée. Transmission silencieuse — élixir de résistance et de beauté.
2023
dans la douleur
la misère et les pleurs
comme des semences
éparpillés sur la terre
nous nous enfouissons
avec l’espoir de grandir
un jour
et d’atteindre le ciel
dans la patience
croire
servir autrui
les mains tendues
pour apaiser le feu
mourir
pour ressusciter un jour
de l’autre côté du monde
2025
dans sa chambre
je pense à lui
avec ses jouets
ses petits souliers…
je l’entends encore
me parler doucement
de sa voix claire
résiliante jusqu’à la mort
je laisse la fenêtre ouverte
à chaque nuit
au clair de lune
afin qu’il puisse
encore et encore
aller et venir
2025
Dans ma jeunesse, lorsque venait le temps d’aider quelqu’un financièrement, je comparais toujours le montant que je m’apprêtais à donner au prix d’une caisse de bière. Je me disais que si j’acceptais de dépenser cet argent pour m’amuser, je pouvais aussi bien prendre un montant équivalent pour aider quelqu’un dans le besoin. J’appliquais ce principe pour justifier mon désir d’aider.
Je revenais du travail le jour où j’ai pris la décision de partir en mission. Les déplacements dans le métro de Montréal ont toujours été pour moi un défi à cause des longs corridors interminables. Les stations de métro sont construites pour accommoder les trains, pas les gens — surtout pas ceux qui, comme moi, ont du mal à marcher. Ce jour-là, quand je suis arrivé au coin de la rue De La Roche, après être descendu de l’autobus qui longe la rue Laurier, à peine avais-je franchi le coin que ma hanche s’est mise à me faire très mal, tellement que je devais m’appuyer sur les clôtures le long du trottoir entre Laurier et Saint-Joseph pour éviter de m’écrouler.
La distance entre l’arrêt d’autobus et l’immeuble où j’habitais sur De La Roche fait environ 140 mètres, mais je n’arrivais pas à m’y rendre. J’avais lancé ma canne au bout de mes bras quelques jours avant ce moment décisif.
C’est à ce moment-là, paralysé par une douleur aiguë, que je me suis mis à prier mon Dieu : « Ô mon Père, laisse-moi partir en mission! J’ai marché pendant quinze sur une hanche disloquée à faire des niaiseries, sans but, sans directions; je peux bien prendre deux ans de ma vie à marcher pour toi. La douleur ne me dérange pas, pourvu que je puisse te servir. Je te dois bien ça. » Ayant reçu de l’Esprit la confirmation que je partirais, je me suis traîné jusqu’à la maison. J’avais obtenu l’assurance que je désirais. J’ai donné ce jour-là ma douleur en offrande à Dieu.
Quelques années plus tard, au centre d’entraînement des missionnaires de Provost aux États-Unis, mon président de branche m’a demandé pourquoi j’avais décidé de faire une mission. Au moment où j’allais dire que mon attachement à Jésus‑Christ me poussait à le servir, j’ai pensé à sa bonté envers moi; sachant que c’était la source de mon dévouement — puisqu’il m’a aimé le premier à travers les missionnaires qui m’ont enseigné, les membres de ma paroisse et le Saint-Esprit — et c’est ainsi que je lui ai répondu.
Un peu plus tard, un médecin du centre m’auscultait pour clarifier ma condition de santé. Je me souviens de la surprise dans son regard lorsqu’il a mis le doigt sur ma tendinite aiguë. Il a exprimé son doute par rapport à ma capacité de faire du vélo. Je lui ai dit que je pouvais certainement. J’avais peur qu’on me renvoie à la maison à cause de mon handicap; mon regard devait avoir l’expression de quelqu’un qu’on met au défi. Et pourtant, je ne mentais pas. J’ai fait du vélo chaque année depuis le premier printemps après l’accident que j’ai eu à l’âge de sept ans. Au contraire, le vélo m’a permis d’avoir plus de mobilité.
On m’a laissé partir au champ de mission avec la directive de toujours me permettre d’utiliser une voiture. Je me suis procuré un vélo dès les premiers quartiers où j’ai servi; je l’ai gardé plusieurs mois, jusqu’à ce que je trouve quelqu’un qui en avait plus besoin que moi.
Les difficultés et la douleur m’ont forcé à réutiliser la canne au bout d’un an. À cette époque, lors d’une discussion avec un frère affligé par un type d’arthrite très rare et très douloureux, je me vantais que je pouvais marcher en mission par la grâce de Dieu, sans trop de douleur, même avec ma hanche et mon handicap. Il m’a dit alors affectueusement : « Wait until you come back home. It’s not going to last forever. »
Le dernier jour de ma mission (au bout de deux ans) — tous les missionnaires qui retournaient chez eux étaient invités à manger à la maison de mission où le président et sa famille habitaient — je suis sorti après souper pour aller chercher mes Écritures laissées dans la caravane. Quand je suis descendu du véhicule, un éclair de douleur m’a paralysé soudainement à la hanche, et je suis tombé par terre sur la pelouse devant la maison. Je suis resté étendu sur le sol pendant un long moment, le temps de réaliser que mon dernier jour de mission marquait la fin de ma bénédiction.
2026
dans le ventre du dragon
piqués au vif
des images étranges nous nourrissent
la fournaise s’ouvre béante
et la chaleur nous consume
la souffrance nous envahit
au creux du dragon
l’horreur nous sort par les naseaux
2026
Immuables promesses scellées sur nos lèvres
Grâce au sang versé sur l’Idumée
le sacrifice déposé sur l’autel
devient le Roc de notre foi
et dans le temple merveilleux
la force de l’alliance qui nous unit
Immuables promesses versées sur nos têtes
* Idumée : le monde
2020
j’ai rencontré sur mon chemin
un étrange sentiment
un lion penché sur sa proie
cherchant à remplir le vide
la mort de l’un
nourrissant la vie de l’autre
dans la douleur inévitable
le sacrifice par le sang
fait jaillir la vie
2018
le lion mange la chèvre
la chèvre mange le chou
le chou mange la terre
la terre mange le lion
s’il n’y a pas de mort
il n’y a pas de vie
2018
La traversée de la douleur — 48 poèmes