Descendre dans le trouble de l’autre sans proposer de sortie. Juste la présence.
y glisser
y revenir
y aller
y voir
y plonger
m’y installer
mais c’est quoi ce « y » ?
l’intimité
que je n’atteins pas toujours
que je ne vois pas
et que je n’entends même pas
c’est bien là pourtant
dans le silence de nous deux
que l’intimité tout à coup
devient monde
et je le vois
ce monde immense qui se rapproche
tout doucement
comme si le ciel nous enveloppait
l’intimité comme une fontaine
sortant d’on ne sait où exactement
et qui va
on ne sait où précisément
et qui nous emporte
l’intimité bien étrange
à la fois si proche
à la fois si lointaine
et qui nous échappe
si souvent
ce sentiment si familier
si infini…
comment te garder près de moi dans mon cœur
dans mes os tous les jours à toutes les heures
comment te connaître profondément pour toujours ?
jusqu’aux yeux givrés
dans le froid gelé
épris de glace et de vent
nos regards restent figés
sur la clairière immaculée
la lumière nous éblouit
miroir d’argent sous nos pas feutrés
là où le silence murmure encore
où l’hiver perdure entre nous
nos souffles s’égarent en brume pâle
se mêlent aux cendres du jour finissant
et sous l’ombre des cimes cristallines
le temps s’endort dans un éclat blanc
dans sa chambre
je pense à lui
avec ses jouets
ses petits souliers…
je l’entends encore
me parler doucement
de sa voix claire
résiliante jusqu’à la mort
je laisse la fenêtre ouverte
à chaque nuit
au clair de lune
afin qu’il puisse
encore et encore
aller et venir
te voilà ce soir
et c’est la nuit
je reste là, aux aguets
à surveiller le départ
à surveiller le bon moment
quand ce sera mieux
de repartir encore
mais voilà
que tu m’aimes en retour
deux grandes solitudes
assises l’une à côté de l’autre
face au jour qui s’efface
leurs regards se fondent
dans un horizon partagé —
le silence aux aguets
main dans la main
elles traversent le temps
comme des ombres furtives
sur le fil de l’attente —
angoisses retenues
entre leurs doigts crispés
elles sentent sous la peau
les battements sourds
d’un amour qui se tait —
mais ne s’éteint jamais
Accepterais-tu de me suivre
dans une fissure d’Éden
entourée de rosiers sauvages
Si je marchais dans une clarté mauve
vers des éclipses encore vierges
dans un ruisseau clair et dense
Si je t’appelais par une brise dérobée
au creux enrobé d’un doux parfum
frais comme du sel indigène
Accepterais-tu de me suivre
où que j’aille dans ce jardin
sur des chantiers abrupts
comme une falaise enracinée sur un terrain vague
qui tombe au détour cursif vers l’amour
Oui, je te suivrai
Je pars, et je suis prêt
Je viens car je t’aime, Seigneur
et tu vis dans mon cœur :
tout mon sang coule pour toi
Seigneur, mon Dieu
j’ai hâte à chaque matin
d’accueillir ta lumière
En ouvrant ma fenêtre
ta lumière vient dans ma chambre
et des chants glorieux
retentissent dans mes pensées
pendant longtemps malgré la peur
rester là sur la rive de l’autre
à espérer la lumière qui viendra un jour
de soi vers l’autre et de l’autre à soi
dans la tempête au milieu des échanges
la lueur provient des deux rivages
entaillées
dans la forêt de nos amours
ces pages
comme un escalier
jusqu’au centre de nous deux
dans la simplicité
je te garantis le repos
viens marcher entre les branches
reste ici
je te promets la paix
comme un arbre dans un cahier
qui s’ouvre pour te rafraîchir
à l’ombre du temps
mon frère se trouve dans le coma
depuis fort longtemps
qu’est-ce qui le fait tant dormir
ça fait si longtemps qu’il rêve
qu’est-ce qui fait qu’il est toujours
si profondément endormi
quelqu’un va-t-il le réveiller
il est arrivé quelque chose
quelque chose de grave
un traumatisme transcendantal
un blocage total
pas normal
qu’est-ce que je peux faire pour le réveiller
prisonnier de son imagination débordante
il s’est créé un monde parallèle
et le rêve l’a emporté complètement
il a perdu tout contact avec la réalité
ses sentiments, déconnectés
ses émotions, piégées là-bas
impossible de les rejoindre
mais comment faire pour le réveiller
il faut trouver le moyen d’entrer profondément
à travers un canal de l’autre monde
et parler, pour dire, avec autorité :
allez ! debout ! lève-toi, rêveur, participe !
le monde ici aussi en vaut la peine
peser sur l’autre
et souffrir en silence
sentir le poids du marteau
cogner sur l’enclume
à répétition
voir l’autre s’enliser
sans issue
submergée d’inquiétude
et sombrer avec elle
sans pouvoir rien y faire
les esprits fragiles
les cœurs fragiles
l’entendement fragile
la communication fragile
la communion fragile
nos regards fragiles
nos paroles fragiles
nos mains fragiles
nos sentiments fragiles
nos émotions fragiles
nos appétits fragiles
la joie fragile
la peur fragile
l’espoir fragile
par contre, l’engagement, lui
comme une fibre torsadée
avec des milliers d’autres fibres
ajoutées de jour en jour —
notre engagement
fragile aussi en son temps
mais fort de ces temps-là
où ton sourire fragile
venu se blottir
dans mon cœur fragile
y trouva le bonheur
infaillible
accroche-toi
même si l’essoufflement nous gagne
même si le cœur nous échappe
même si notre espace se rétrécit
mes idées courent
mais elles y reviennent toujours
entre nous
dans cet espace
où nous pouvons nous réfugier
avec le rituel de nos habitudes
et les conventions de nos coutumes
dans mes différences et mes contraires
j’y reviens toujours
deux grandes solitudes
assises l’une à côté de l’autre
face au jour qui s’efface
leurs regards se fondent
dans un horizon partagé —
le silence aux aguets
main dans la main
elles traversent le temps
comme des ombres furtives
sur le fil de l’attente —
angoisses retenues
entre leurs doigts crispés
elles sentent sous la peau
les battements sourds
d’un amour qui se tait —
mais ne s’éteint jamais
dans la fatigue du soir
sur le sentier des amours
elle accroche son manteau
elle me couvre de confidences
pour résister à la nuit
qui vient toujours
— prendras-tu encore ma main
pour traverser la pénombre ?
mon cœur
dans ta main
pour toujours
— bien sûr
je t’accompagne
jusqu’à l’aube
je te regarde
assise tranquille
au début de ta vie —
à observer
à douter
que s’est-il passé ?
tu as grandi
trop vite
vas-tu enfin déployer tes ailes ?
en comprends-tu assez pour t’envoler ?
dis-moi
as-tu assez confiance
en toi ?
l’ai-je été suffisamment
bienveillant ?
l’es-tu assez pour toi
bienveillante ?
Nous attendrons patiemment, à l’extérieur du mur érigé pour nous tenir à l’écart — femmes exilées, en marge d’une société dirigée par des hommes assoiffés de sang.
Nous avons subi des sévices multiples, écouté les plaintes, essuyé les abus. Nous avons rêvé d’un autre monde, couchées dans nos chambres, ou debout dehors, avec nos enfants près de nous, jouant avec eux pour alléger la souffrance, espérant qu’un jour meilleur viendrait, avant qu’il ne soit trop tard, avant la fin du monde.
Nous avons veillé sur nos parents, pansé les blessures, consolé les malheureux. Nous avons pleuré nos peines et dormi avec le mal à nos côtés, dans l’angoisse des prochaines attaques, à surveiller… à aimer malgré tout… jusqu’à nous attendrir.
Nous avons gravé notre histoire sur les tablettes de nos cœurs et aimé l’homme jusqu’à le laisser entrer dans nos ventres, jusqu’à le faire jaillir de nos reins. Nous avons offert nos corps pour enfanter l’humanité, et nous espérons pour elle toutes les belles attentions dont nos mères nous ont témoignées.
Notre histoire est celle de notre résistance, de notre espérance, de nos rêves et de nos mains tendues. Nous avons nourri, embrassé, chéri nos enfants. Nous les avons regardés jouer dans les prairies, escalader les montagnes, et redescendre vers les villes. Nous les avons observés, corrigés, et nous espérons pour eux le meilleur de nos vies, le meilleur de nos pensées, le meilleur de nos rêves.
L’humanité que nous avons enfantée nous a été enlevée. Le mensonge, la cupidité et l’avarice nous l’a volée. Mais nous gardons espoir qu’elle nous reviendra un jour, même dans la souffrance, le malheur ou la mort.
Nous vous avons donné en cadeaux notre dévouement, notre générosité, notre tendresse — à vous, nos enfants — et nous vous avons observés grandir. Nous vous avons portés en notre sein… et nous continuerions jusqu’à nous laisser mourir de fatigue et d’épuisement, s’il le fallait.
Nous sommes femmes parmi les femmes, mères parmi les mères, témoins de vos vies et de vos morts — vous, nos enfants, malheureux dans ce monde étrange, devenus tels que nous ne l’avons jamais voulu.
Ne nous accusez pas de vos malheurs, car si l’histoire avait été écrite de nos mains, au lieu de notre sang, il en aurait été tout autrement.
Sachez, ô hommes, que vous nous reviendrez assurément, puisque nous retournerons tous et toutes, un jour ou l’autre, d’où nous sommes venus.
dans sa chambre
je pense à lui
avec ses jouets
ses petits souliers…
je l’entends encore
me parler doucement
de sa voix claire
résiliante jusqu’à la mort
je laisse la fenêtre ouverte
à chaque nuit
au clair de lune
afin qu’il puisse
encore et encore
aller et venir
l’intimité
que je n’atteins pas toujours
que je ne vois pas
et que je n’entends même pas
c’est bien là pourtant
dans le silence de nous deux
que l’intimité tout à coup
devient monde
et je le vois
ce monde immense qui se rapproche
tout doucement
comme si le ciel nous enveloppait
l’intimité comme une fontaine
sortant d’on ne sait où exactement
et qui va
on ne sait où précisément
et qui nous emporte
l’intimité bien étrange
à la fois si proche
à la fois si lointaine
et qui nous échappe
si souvent
ce sentiment si familier
si infini…
comment te garder près de moi dans mon cœur
dans mes os tous les jours à toutes les heures
comment te connaître profondément pour toujours ?
jusqu’aux yeux givrés
dans le froid gelé
épris de glace et de vent
nos regards restent figés
sur la clairière immaculée
la lumière nous éblouit
miroir d’argent sous nos pas feutrés
là où le silence murmure encore
où l’hiver perdure entre nous
nos souffles s’égarent en brume pâle
se mêlent aux cendres du jour finissant
et sous l’ombre des cimes cristallines
le temps s’endort dans un éclat blanc
chercher partout
la main tendue
perdu
chercher le cœur
chercher la tête
chercher le réconfort
chercher toujours
sans arrêt
sans appui
perdre le sens des choses
perdre son chemin
tout perdre
et rien
rien à trouver
rien à percevoir
rien à s’accrocher
le jardinier a pris la rose
et l’a gardée longtemps près de lui
très longtemps
avant de la laisser dehors
dans son jardin
il l’a arrosée
il l’a nourrie
et il l’a réchauffée la nuit
quand elle pleurait à cause du froid
quand ses épines se tournaient vers elle
tellement le froid lui faisait mal
tellement la nuit lui faisait peur
longtemps, vraiment
très très longtemps
il lui a semblé, à la rose
le temps qu’elle est restée là
sans son jardinier
sans la chaleur du jour
sans la douceur de l’été
puis un jour, elle a fleuri
et des petits amours sont sortis d’elle
entre les ronces et les épines
des milliers de petites fleurs
des petits soleils parfumés
qu’on voudrait croquer
et le jardinier, fier de son œuvre
avec toute son admiration, lui a dit :
« Vois comme tu es belle :
des milliers d’étoiles sont sorties de toi »
Un soir, j’ai traîné dehors jusqu’au crépuscule, puis je suis rentré chez nous pour me réchauffer. J’avais dans la tête encore les échos des rues quand je suis rentré — et j’ai oublié de te saluer, mon ami.
Je me suis couché le regard ancré dans un désert aride, et j’ai dormi le pied perdu dans le vide. Au matin de bonne heure, j’ai eu envie de te dire bonjour, mais j’ai vite oublié.
J’ai crié à l’aide avant de tomber.
Je suis resté dans la nuit depuis ce jour.
Pardonne-moi, mon ami. À présent que je suis aveugle, tu es là tout près, et je vois plus clair grâce à toi. Sans jamais t’arrêter, tu m’as guéri, et je ne fais que commencer à percevoir et à apprécier le bien que tu me fais.
Pardonne-moi, mon ami ! Je suis béni d’être plus dépendant — sinon, jamais je n’aurais pu t’aimer comme tu le mérites.
Ce pain que je ne vois pas me nourrit, et je me sens si bien. Cette eau que je peux boire me rafraîchit jusqu’au cœur. Je sens mon sang qui reprend vie, et mes idées qui s’éclaircissent enfin — comme un miracle !
Chaque matin, tu prends mon bras et descends avec moi au bas de la rivière, où le soleil se lève. Et sur ma peau, la chaleur du matin me fait du bien. La lumière agit sur mon cœur, et je n’ai plus l’impression de marcher, ni de vivre dans la noirceur. Merci beaucoup.
Pardonne-moi ce jour où j’ai laissé de côté ton affection. Malheureusement, dans tes bras, j’ai continué longtemps de m’inquiéter. Pardonne-moi tous les jours d’oubli qui ont suivi. Comme une avalanche détruit les maisons, j’ai laissé la nôtre ensevelie sous d’épaisses neiges. Oh, pardonne-moi !
Aujourd’hui que je dépends de toi complètement, sans te voir, ton visage me manque, et ta main m’est si chère.
Marche encore avec moi jusqu’au matin. Nous pourrions aller le long de cette rivière et prendre un bain. C’est au lever du jour qu’on sent vraiment l’influence du soleil sur la peau — qui vient dans le sang réchauffer le cœur.
Marche encore avec moi jusqu’au matin. J’aime tellement me promener avec toi. Ta compagnie, pour moi, est comme mille rayons de ce soleil. Je n’ai jamais oublié la chaleur de ta présence à mes côtés, parce que tu ne m’as jamais quitté.
Reste encore avec moi, ensemble, tous les deux, en espérant y demeurer pour toujours.
dès les premières lueurs du matin
comme un enfant
égaré dans sa douleur
le visage caché dans ses mains
quand je vois l’homme que je suis devenu
le visage perdu
je supplie !
et mon Père qui vit
rempli de miséricorde
remplit mon âme
mon cœur alors veut exploser jusqu’au soir !
en mettant le doigt dessus
la docteure m’a libéré
la douleur vive
m’a révélé son nom
mieux la connaître
enfin
me permet d’envisager
guérir à chaque pas
Au pied d’un arbre, dans un jardin
Un homme, et mille ans de vie
Des larmes coulent à flots sur son visage
Ses yeux, bien enfoncés dans une terre invisible
Il voit plus clair, de tout son cœur
Une puissance s’est déposée sur ses épaules
Il porte des peines qu’il ne connaissait pas
Des souffrances qu’il ne pensait pas lui appartenir
Rendu au bout tout à fait du voyage
Son âme s’est éclatée
Elle gît au pied d’un arbre
Et mille ans de vie ornent ses pensées
tombé
comme une larme
à répétition
tombé plusieurs fois
au cœur
comme un ciseau sur le roc
près de toi
transpercé
chaque fois
tu me relèves
tombé à répétition
me voilà devenu
ton œuvre
Ce matin, comme la première fois
en paix, je rentre dans le repos
Mes espérances enfin trouvent la voie promise :
la clémence est venue recouvrir mes esprits
Le bon Seigneur a pris mon cœur entre ses mains
l’a élevé sur le dos d’un ange
et mon âme, mon être en entier, demeure
transformé, renouvelé — des pieds à la tête
Des fruits en pensées s’ouvrent dans mes souvenirs
Satisfaite d’avoir servi, mon âme est nourrie
Dans le ciel, libre, au-delà des nuages blancs
le soleil, l’espoir et la paix me réveillent
je n’ai rien emporté
sinon cette lumière
qui perlait sur les branches
quand nous parlions de Dieu
ton silence me parvient
comme une pousse fragile
au creux des mots
je suis devenu désormais
le murmure qui fait germer
les bourgeons après l’hiver
j’ai décidé de percuter le monde
avec candeur
et sacrifier ma vie
au service des autres
comme une mère —
sans colère
sans jamais céder
droite
douce
brûlante
en m’abreuvant continuellement
à la fontaine de toute justice
J’ai raconté à mes filles, dernièrement, un événement malheureux que j’ai vécu enfant, lorsque j’ai pleuré dans mon garde-robe après mon premier jour à l’école secondaire. Ce jour-là, on m’avait bousculé dans les corridors, et j’étais tombé dans les escaliers après avoir été légèrement accroché. En rentrant chez moi, j’ai lancé mon sac par terre et crié à ma mère que c’était une école de fous, que je ne voulais plus jamais y retourner. Je me suis assis au fond de mon garde-robe et j’ai pleuré. Puis, à haute voix, j’ai demandé : pourquoi suis-je handicapé ? Pourquoi moi ? Pourquoi ne suis-je pas resté mort après l’accident ?
— J’ai été frappé par une voiture à l’âge de 7 ans et j’ai miraculeusement survécu. Cependant, je suis resté sévèrement handicapé en raison d’une parésie aux quatre membres. J’avais beaucoup de mal à marcher et à rester stable sur mes deux pieds. Au secondaire, les autres élèves ne faisaient pas attention à moi lorsqu’ils se précipitaient dans les corridors et les escaliers. —
Assis dans mon garde-robe, en pleurnichant sur mon sort, une pensée m’est venue : si je n’étais pas mort lors de l’accident, c’était parce que j’avais une mission à accomplir sur cette Terre. Peut-être un ange invisible m’avait-il soufflé cette idée pour me consoler. Je me suis accroché à cette conviction et suis aussitôt monté à l’étage pour annoncer à ma mère que je savais pourquoi j’avais survécu : j’avais une mission à accomplir.
Quelques années plus tard, jeune adulte en voyage dans l’Ouest canadien, j’ai entrepris un jeûne de trois jours dans la forêt avec cinq autres jeunes. Nous nous trouvions dans la jungle, quelque part à l’ouest de l’île de Vancouver. Après une longue marche pour atteindre un site près d’une rivière, nous avons partagé un repas le vendredi soir avant de commencer notre jeûne. Chacun avait choisi un endroit isolé où passer les nuits de vendredi, samedi et dimanche. Nous devions nous retrouver le lundi matin pour rompre le jeûne et partager nos expériences.
Après avoir failli me perdre dans la végétation dense de la montagne, j’ai opté pour un coin paisible au bord de la rivière, où j’ai installé une toile sur un billot de bois, au-dessus d’un lit naturel de gravier fin. L’Amérindien qui nous avait invités à ce jeûne expliquait que, selon leur tradition, les jeûnes servaient à recevoir des visions et des réponses à leurs prières. Je venais d’apprendre l’histoire de la Première Vision de Joseph Smith et, moi aussi, je voulais voir Dieu. C’était ma motivation pour ce jeûne.
Le samedi s’est bien passé. Le matin, je me suis baigné dans la rivière et j’en ai bu une gorgée. L’eau venait d’un glacier : elle était claire et rafraîchissante. Mon campement était installé dans un canyon étroit, creusé par la crue printanière. À quelques centimètres de mon lit de graviers, l’eau coulait doucement. En observant les roches polies par l’érosion, j’ai pensé que, tout comme la rivière parvenait à se frayer un chemin, je pouvais moi aussi apaiser mon esprit en méditant au soleil. Alors, j’ai ressenti une sensation étrange : un frisson agréable remontant le long de mon dos, comme si un courant d’eau passait à travers moi. Mes pensées se sont apaisées, et pour la première fois de ma vie, j’ai goûté au silence intérieur. C’est à ce moment qu’un papillon est venu se poser sur mon bras, ce qui m’a empli de joie.
Plus tard, en explorant les environs, j’ai découvert un grand bassin où la rivière s’élargissait. J’y ai aperçu une biche et son faon en train de boire. Ce spectacle paisible m’a profondément touché.
Le dimanche matin, l’Amérindien est venu me voir pour s’assurer que tout allait bien. Il m’a appris que deux participants avaient abandonné la veille, ne supportant plus la faim. Il ne restait plus que moi et une jeune femme, installée au sommet de la falaise d’en face. Lui-même ne jeûnait pas afin de veiller sur nous. Il m’a offert un demi-pamplemousse, disant que je devais manger un peu.
Dans l’après-midi, j’ai été pris de violentes douleurs au ventre. Allongé sur mon lit de fortune, sous la pluie, je me suis laissé envahir par des pensées confuses et angoissantes. Je suppliais Dieu de me répondre. Je me rappelais ma conviction d’avoir une mission à accomplir, mais laquelle ? J’étais persuadé d’être destiné à quelque chose de grand, de significatif.
C’est alors que, dans un dernier élan de désespoir, j’ai posé la question : « Mais quelle est ma mission ? »
Aussitôt après, j’ai tourné la tête vers le sommet de la falaise et j’ai revu la biche et son faon. Une paix soudaine m’a envahi. Toutes mes angoisses se sont dissipées en un instant. Et j’ai compris.
Était-ce une voix, une pensée ou une révélation divine ? Peu importe. L’idée était claire, indiscutable : ma mission était d’être heureux, de trouver une épouse, de la rendre heureuse, de rendre mes enfants heureux, et d’apporter du bonheur autour de moi. C’était ainsi que je pouvais changer le monde : en répandant le bonheur, une personne à la fois. Je comprenais que le bonheur était une force, capable d’illuminer le monde, cercle après cercle.
Après cette expérience, je me suis endormi, en paix. Le lendemain matin, il pleuvait encore un peu, mais j’étais bien protégé sous ma toile. L’Amérindien est revenu tôt avec une préparation salée de gruau froid, m’expliquant qu’il était important de rompre mon jeûne ainsi. Puis, il m’a invité à rejoindre les autres pour le déjeuner.
Lors de notre dernière réunion, nous avons partagé nos expériences, comme le veut la tradition amérindienne. J’ai raconté mon histoire et conclu que le but de la vie était d’être heureux. L’Amérindien a alors déclaré qu’il savait que je disais la vérité. Il avait entendu de nombreux témoignages et sentait que mes paroles étaient sincères. Cela m’a touché, même si je n’ai jamais pensé qu’on pouvait douter de mon expérience.
Un an plus tard, j’ai rejoint l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, convaincu que cette Église était dirigée par un prophète de Dieu, et que Jésus-Christ pouvait m’enseigner à vivre heureux.
Mes filles avaient 4 et 5 ans lorsque je leur ai raconté cette histoire. Je leur ai expliqué que ma mission était de rendre leur mère et elles heureuses. Elles ont adoré cette histoire.
Un matin, ma plus jeune insistait pour jouer à mon ordinateur, malgré mes refus répétés. J’étais en train de remplir le lave-vaisselle et, à bout, j’ai fini par crier un « NON ! » retentissant. Elle s’est enfuie en pleurant.
Pris de remords, je suis allé m’asseoir dans le salon. C’est alors que ma fille aînée m’a interpellé : elle n’aimait pas que je fasse pleurer sa sœur. Puis, elle m’a rappelé que j’étais en train d’échouer ma mission. J’ai reconnu qu’elle avait raison. Je suis allé demander pardon à ma fille. Elle est aussitôt venue dans mes bras.
Je suis heureux de voir que mes filles écoutent vraiment mes histoires. Et qu’elles les utilisent pour m’aider, moi aussi, à remplir ma mission.
entends-tu, mon ami ?
vois-tu cet oiseau qui s’agite ?
c’est le bonheur qui fait son nid
c’est la paix avec ses étincelles
c’est l’éclat d’un cœur croyant
la main d’un Père aimant
qui travaille discrètement
la mélodie d’un océan de cristal
entends-tu, mon ami ?
le chant des chœurs célestes
le cri silencieux des pierres
la douce voix de notre Mère
la Terre et sa nature généreuse
comprends-tu le désir de notre Dieu ?
apprends donc à nourrir cet oiseau délicat
c’est le bonheur qui fait son nid
laisse-la venir
poser un baume
sur ta méchanceté
prononcer une bénédiction
sur ta colère
laisse la te sanctifier
te rapiécer
reviens
traverse le dernier jour
quand nous descendrons
tous ensemble avec Sion :
« CEUX QUI ONT LE CŒUR PUR » D&A 97:21
dans la douleur
la misère et les pleurs
comme des semences
éparpillés sur la terre
nous nous enfouissons
avec l’espoir de grandir
un jour
et d’atteindre le ciel
dans la patience
croire
servir autrui
les mains tendues
pour apaiser le feu
mourir
pour ressusciter un jour
de l’autre côté du monde
je marche avec Lui dans une fontaine
au beau milieu d’un feu tendre
pris d’altitude
le véritable sentiment jaillit
un océan comme un feu de joie se déverse
tous mes espoirs d’avenir balancés
comme un câble dans un puits
cherchant l’eau profonde et fraîche
le regard enfoui dans le ciel
ma conscience élargie se déplace
par-dessus les nuages
mes pas sur le trottoir disparaissent
et mes genoux sur l’éternité se déposent
je parle avec Dieu
Il m’aide
dans mon entourage
on m’a toujours aidé
l’histoire de ma vie
est un miracle collectif
entre les grandes montagnes de l’Ouest
au-dessus de moi dans les airs
volait un aigle en faisant des ronds
longtemps, je l’observai
prenant de l’altitude
d’une circonvolution à l’autre
il s’élevait doucement
dans la pureté des nues
rendu au bon endroit, au bon moment
déployant très grand ses ailes
sans effort, sans même un seul battement d’ailes
à une vitesse vertigineuse
il s’éloigna hors de ma vue
confiant d’une puissance invisible
quelque part en altitude
sa patience le projeta
à l’autre extrémité du ciel
ici
j’ai trouvé dans ma chambre
une table
remplie de nourriture
j’ai mangé dessus
tous les fruits
tous les vivres
et puis
le désert s’est étendu sur la table
et je me suis endormi
à mon réveil
le déjeuner était déjà prêt