
Qu’est-ce qui cloche ?
Pourquoi ce rire qui surgit ?
Qu’est-ce qui lui manque, à ce clown,
pour causer un tel rire ?
Il a pourtant les oreilles,
pour l’entendre, ce rire —
de belles grandes oreilles !
Il a aussi de beaux yeux tristes,
pour voir la provenance du rire…
Mais elle ne se montre pas, la provenance.
Elle se cache.
Il a un gros nez,
pour emplir son visage imposant.
Peut-être est-ce ce qui cause ce rire :
ce visage émotif ?
Non, je refuse de croire qu’être émotif
puisse amener ce rire.
Il a de grosses joues,
de belles bajoues pendantes —
pour tante Fernande.
Il a de grands sourcils,
pour couvrir les yeux
lorsque la pluie tombe trop dru.
Il a un front plissé,
encore capable d’emmagasiner
dans sa mémoire
tous les moments merveilleux.
Il a une petite bouche, c’est vrai…
Mais il n’est pas nécessaire de crier
lorsqu’on a de belles choses à dire :
il suffit de les chuchoter,
et elles se rendent d’elles-mêmes.
Il a un petit menton —
c’est pour permettre à ses idées
de passer au-dessus des objets.
C’est lourd, un menton !
Il a même un grain de beauté,
pour montrer la beauté
qui couvre son cœur.
Il a aussi de beaux cils,
pour cligner les yeux
lorsque le plaisir le fait rire.
Oh ! J’ai trouvé.
Vous avez vu ses cheveux ?
Ces cheveux noirs et lisses,
pour glisser entre les doigts…
Eh bien, vous ne remarquez rien qui cloche ?
Je vais vous le chuchoter :
il n’a pas de crâne pour retenir sa cervelle.