Le colporteur

Je vis dans une cage.
Je n’ai personne en qui croire.
Je fais semblant, comme au théâtre :
J’invente.

Je m’enfuis dans les rues,
au-travers d’un songe,
et je me retrouve au bout de mes limites,
étranglé de sombres prétentions.

Dans l’invivable, je fuis sans relâche
ma propre présence infecte.
Ma vie n’est qu’un long souvenir
compliqué.

— Mais voilà qu’on frappe à ma porte.

On arrive au balcon,
à cheval jusqu’à ma porte —
on fait vibrer ma maison.

À l’entrée, le colporteur se présente,
rempli de miel jusque dans les yeux.
Il offre d’abord sa présence
(le plus dur à prendre).

— Méfie-toi !

Et tu te réjouis d’avoir fermé la porte
avant que son pied n’atteigne l’intérieur
de ta maison.

À l’entrée : le colporteur.
Une autre fois encore,
avec sa présence toujours,
avec du miel.

Séduite, tu l’invites dans ta maison, et son pied se pose à l’intérieur.

Et tu sens venir son corps entier, comme une structure qui entre entre les yeux et le pied…

Et tu te réjouis.

*****
Écrit par Enrico J. Lévesque le 26 janvier 2021
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