Récit d’une vision à Matane, en 1994, lors d’un coucher de soleil, le jour de Pâques, sur la côte Saint-Rédempteur.
Devant la beauté du crépuscule, me nourrissant de bons moments passés avec des amis la veille, mon âme s’envola, alors que je restais bien assis sur un banc de parc, émerveillé.
Emporté dans un voyage difficile à décrire, un sentiment de grandeur soudain s’empara de moi. Je vis, dans une marche perpétuelle, la grandeur de notre nature divine.
Soulevé par des sentiments divins, je perçus d’innombrables orbites planétaires et d’infinis systèmes solaires, saisi dans une ronde éternelle au centre de l’univers. Comme situé quelque part entre mes yeux et le monde, je le vis, Lui, Dieu, avec son Fils, il me semble, à ses côtés, et ils me regardaient de loin, comme dans une autre dimension.
La vision d’un ange apparut alors près de moi. Il me sourit comme un enfant sait sourire. Son regard se posa sur moi avec la grandeur et la force de mille intelligences, sa pureté et sa bonté comme un feu dévorant.
C’est alors que je compris ma fatalité ; tellement l’orgueil emplissait mon âme, j’aurais brûlé comme si j’avançais dans l’âtre du soleil, si j’avais pu traverser le voile qui nous séparait pour me rendre à ses côtés. Mon humanité me séparait de lui. Mais j’étais vraiment heureux, rempli de merveilles.
À ce moment-là, assis sur mon banc, des passants m’observant se demandaient ce qui pouvaient bien avoir causé tant d’angoisse sur mon visage. J’étais surpris de cette remarque à mon égard, car cette expérience était encore sublime à mon esprit.
À peine plus tard, je saisis la cause profonde de cette remarque. Enferré bien au fond d’une montagne de pierres infranchissables, mon propre corps construit comme une tour remplie d’angoisses et de remords, je me retrouvai pris dans ma présence infecte. Partout où j’allais, mon véhicule était ma prison. Une émotion torride et dévastatrice s’était déclarée souveraine de mon âme.
Le contraste avec la vision précédente en aura été salvateur, car alors m’est venue l’idée que j’avais peut-être enfreint une loi, et je commençai à éprouver le désir ardent de me repentir de mes péchés.
Sous l’œil omniscient
Après cette vision, je suis rentré chez ma mère, où j’étais en visite. Tremblements, malaises, remords : je ne pouvais trouver la paix nulle part dans mes pensées. Je pensais à tous ceux que j’avais offensés. À la recherche de la source de ce sentiment qui persistait, je cherchai dans mes souvenirs toutes les actions, paroles ou décisions que j’avais prises et qui avaient fait du tort à mes proches.
Rapidement, je fus épris d’un regret amer au sujet d’une parole que j’ai dite, qui malheureusement a repoussé une personne chère. J’ai hésité à vouloir la garder près de moi. J’ai refusé d’être avec elle, après lui avoir assuré que je resterais toujours auprès d’elle et de l’enfant que l’on venait de découvrir dans son ventre. Je ne voulais pas qu’elle avorte. Elle m’a demandé si je voudrais toujours rester près d’elle si elle se faisait avorter ; et j’ai répondu que non. C’est alors qu’elle m’a dit qu’elle retournerait aux États-Unis. Elle ne voulait pas que je la suive. Je ne pouvais pas. Je voulais qu’elle reste avec moi à Montréal. Elle trouvait qu’il faisait trop froid ici. Je regrettais amèrement ce que j’avais dit. Mon meilleur ami et moi sommes aller la reconduire sur l’autoroute en direction de la frontière…
Je cherchais comment me repentir de cela. Je n’avais aucun moyen de la rejoindre. Je ne pouvais plus retirer mes paroles. Je ne pouvais même pas lui écrire. Je réalisais qu’il y a des choses qu’on ne peut pas réparer. J’étais dans l’amertume profonde. Je me demandais comment je pourrais la rejoindre là-bas, où qu’elle soit. Je voulais tant la retrouver pour lui demander pardon.
Pendant les jours qui suivirent, ce remords faisait trembler tout mon corps. Un malaise intense m’envahit. J’étais chez ma mère. Elle aussi ne se sentait pas très bien, et je crus que c’était à cause de moi.
Je marchais dans les rues de Matane, et partout où j’allais, je voyais dans le ciel le grand œil omniscient de Dieu qui m’observait. Nulle part où trouver la paix. J’avais honte.
Puis, sur la Promenade du Capitaine, je pensai aux missionnaires qui m’avaient enseigné l’Évangile et à l’Esprit d’amour que j’avais ressenti avec eux. J’ai cru que cet Esprit pourrait me guérir, et je commençai à avoir le désir de me joindre à l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours ; car une voix intérieur me murmura de rejoindre le rassemblement, et je compris que le baptême pouvait être mon salut.
Avant de me faire baptiser, je fus tenté de partir à la recherche de cette femme aux États-Unis ; mais je décidai de me faire baptiser d’abord et de faire confiance à Jésus-Christ pour la suite. Ce fut mon premier acte de foi ; et j’en fus béni grandement.